Recherches subventionnées

(CRSH, avril 2006 - mars 2009)


Mawy Bouchard

La notion de diversité et l’émergence de la narration féminine aux XVIe et XVIIe siècles

Ce projet de recherche porte sur la notion de « diversité » que propose le théoricien italien Giraldi Cinzio dans le premier traité consacré à la poétique romanesque (Discorso intorno al comporre dei romanzi, 1554), notion que l’on retrouve dans l’ensemble de la production romanesque de la Renaissance française. La « diversité » concerne à la fois l’invention du texte et les caractéristiques socioculturelles du lectorat. Cette qualité propre à la narration vernaculaire constitue un ancrage à la fois de la topique romanesque et du discours poétique féminin. Les femmes auteurs de romans aux XVIe et XVIIe siècles (notamment Marguerite de Navarre, Hélisenne de Crenne, Marie de Gournay et Madeleine de Scudéry) ont recours à la notion de diversité pour atteindre, instruire et convaincre un plus grand nombre de lecteurs : leur roman sera certes amusant ou plaisant, mais il sera surtout lu et reçu par une société diverse dans ses composantes et ses attentes socioculturelles. Dans le cadre de ce projet de recherche, il s'agira avant tout de présenter et de situer la notion de diversité dans le contexte romanesque et féminin de la Renaissance et du XVIIe siècle.


Lucie Hotte (chercheure principale) et Johanne Melançon (Université Laurentienne, co-chercheure)

Identité, altérité et éthique en littérature franco-ontarienne

Cette recherche s’inscrit dans le renouveau des études sur la littérature franco-ontarienne et les littératures minoritaires en général qui cherchent désormais à aborder les œuvres en fonction de leur composante esthétique et qui remettent en question leur rapport à l’identitaire.

Depuis la célèbre définition de Gilles Deleuze et Félix Guattari des littératures mineures comme étant caractérisées par « la déterritorialisation de la langue, le branchement de l'individuel sur l'immédiat-politique [et] l'agencement collectif d'énonciation » (1975 : 33), les littératures minoritaires sont associées à l’engagement politique national des écrivains. On y voit d’abord et avant tout le lieu d’expression d’une collectivité qui affirme, dans ses œuvres littéraires, son identité, sa spécificité, qui y souligne les particularités de son rapport à l’autre majoritaire et dominant. Comme le remarque Annie Pronovost, la critique a dès lors privilégié, dans l’analyse des textes minoritaires, les « données circonstancielles qui provoquent les situations minorisantes : rapports de forces ethniques ou coloniaux, luttes de pouvoir, canons littéraires, rigidité ou faiblesse de l’institution, etc. » La littérature franco-ontarienne n’a pas échappé à cette lecture, bien au contraire.

Ce projet de recherche vise, dans un premier temps, à cerner comment le discours critique définit la littérature et la chanson franco-ontarienne en relation avec l’identitaire tant dans son rapport à soi que dans son rapport à l’autre. Afin d’atteindre ce but, nous nous proposons d’analyser le discours critique sur la littérature franco-ontarienne en général, soit celui qui tente de la définir (notamment les articles de Laure Hesbois, Paul Gay, René Dionne, Yolande Grisé, Robert Yergeau) et surtout les textes de Fernand Dorais et François Paré, qui ont tous deux joué un rôle fondamental dans les études littéraires franco-ontariennes. Ces deux critiques abordent la littérature franco-ontarienne dans des essais qui se prêtent bien à l’analyse. Leur approche de la littérature s’appuie fortement sur une éthique humaniste que nous définirons et dont nous soulignerons les enjeux.

Dans un deuxième temps, nous analyserons une sélection de chansons, la chanson étant un vecteur identitaire important en Ontario français, et de textes littéraires franco-ontariens en y étudiant la représentation de soi et de l’autre. Chaque analyse de texte cherchera à identifier l’évolution et les modifications des paradigmes de l’identité et de l’altérité. Il s’agira en fait de questionner les concepts, de cerner les enjeux qui en découlent. Pour ce faire, nous aborderons le corpus en fonction de trois moments clés : du début des années 1970 à la fin des années 1980, qui, avec l’avènement de la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario, du théâtre d’André Paiement, de la poésie de Jean Marc Dalpé et Robert Dickson, des chansons de CANO, a donné naissance à la lecture identitaire, la fin des années 1980 qui, avec la publication de la pièce Le Chien de Jean Marc Dalpé (1987) et du roman L’Obomsawin de Daniel Poliquin (1987) ainsi que la chanson « Notre place » de Paul Demers (1989),  marque un tournant dans la représentation du soi et de l’autre; enfin les années 1990, qui, avec le théâtre de Patrick Leroux, les romans de Didier Leclair, entre autres, de même que la musique de Kif-Kif, Conflit Dramatik ou Afro-Connexion redéfinissent la question de l’identité en se fondant sur des paramètres ou des groupes de référence autres que ceux  qui était communément admis.

Au moment où la mouvance sociale, dans le contexte de la globalisation, nous oblige à redéfinir les notions d’identité et d’altérité, il s’avère important de réfléchir à la place qu’elles occupent dans la définition des groupes et des littératures minoritaires. Toute définition identitaire risque de conduire à l’exclusion et à la ségrégation. Toutefois, faire abstraction de l’identitaire, n’est-ce pas vouer le groupe à l’oubli ? Aussi croyons-nous qu’une étude de la place qu’occupent le soi et l’autre dans le discours critique sur la littérature et la chanson franco-ontariennes permettra de mieux comprendre les enjeux auxquels font face les groupes minoritaires. La question de l’altérité et, conséquemment, de l’identité est au cœur même des débats contemporains. Elle s’avère d’autant plus pertinente dans le cas des groupes et des littératures marginales qui sont à la merci de l’homogénéisation des cultures.


Patrick Imbert

Les discours de la croyance en la vie comme jeu à somme nulle et comme jeu à somme non-nulle dans la littérature, les textes théoriques et les médias au Canada : 1950-2005

Le but de la recherche est de repérer le fonctionnement textuel de deux stéréotypes fondamentaux qui se trouvent, implicitement ou explicitement, à la base d’argumentations ou de visions du monde dans les textes littéraires, médiatiques ou théoriques. Ces stéréotypes organisent les représentations sociales, culturelles et économiques quotidiennes. On vise donc à étudier le mode de manifestation et d’interpénétration des stéréotypes à base économique, au sens large du terme, qu'est la croyance en la vie comme jeu à somme nulle et comme jeu à somme non-nulle. Le passage du premier au second marque l’évolution d’un discours lié à la modernité nationale visant la répartition du capital dans l’identitaire à un discours lié au libéralisme postmoderne/postcolonial visant le déplacement des limites et la reconfiguration des échanges dans la capacité à jouer d’images de soi diverses. L’originalité de la recherche repose sur l’établissement de la logique du fonctionnement des nouveaux discours liés au libéralisme au Canada et au Québec car ils ont un impact majeur sur la perception des dynamiques de changement et sur la valeur accordée à la capacité de se transformer en fonction du désir d’accroître son influence.