Arentsen, Maria Fernanda, « Discours autour des frontières, histoire des cicatrices ».
Thèse de doctorat dirigée par Patrick Imbert, soutenue le 14 décembre 2006.
Ce travail analyse la représentation de la frontière dans les discours littéraires du Canada français et de l’Amérique latine à l’époque de la mondialisation. La frontière est étudiée sous deux aspects : en tant qu’expression du rapport binaire inclusion/exclusion et du point de vue de la fragmentation et de la «contamination» culturelle provoquées par la mondialisation, condition qui produit un effacement partiel des frontières géopolitiques et la coexistence de différentes cultures.
La thèse montre que le binarisme soutenant le concept de frontière est un mécanisme fondateur de violences qui s’actualise au niveau individuel. La frontière, qu’elle délimite un territoire ou une communauté humaine, inclut le Même tout en excluant l’Altérité. Cette inclusion/exclusion produit discrimination, souffrance et, éventuellement, violence et mort, ce qui est esthétisé dans les œuvres littéraires analysées. La frontière en ce sens est une trace. C’est pourquoi elle est cicatrice : elle est la trace de la blessure occasionnée par sa dynamique de violence.
Mais puisque la frontière est une construction consolidée concrètement par les croyances de chaque individu, elle peut aussi être déconstruite. C’est ce que montrent la condition postmoderne et la mondialisation. La fracturation de la rigidité identitaire des individus en déplacement et la «contamination» culturelle provoquée par le mouvement des biens et des personnes créent un « tiers espace », au sens de Homi Bhabha, espace qui laisse espérer que les êtres humains pourront construire des cultures non-excluantes. En ce sens, certains des discours littéraires analysés montrent qu’il est possible de comprendre que les frontières, on les porte en soi. On peut espérer ainsi qu’un jour, les blessures provoquées par la violence des frontières, devenues cicatrices, ne seront que la trace d’une culture excluante, organisée sur la pensée binaire et dépassée grâce au déplacement, aux relations rhizomatiques et à l’ouverture.
Clément, Annie Lise, « La littérature francophone sur la violence contemporaine : lucide, démystificatrice et essentielle médiation littéraire ».
Thèse de doctorat dirigée par Patrick Imbert, soutenue le 26 septembre 2006.
Saisis par les violences d’actualité, les écrivains de la francophonie se penchent sur les questions de victimisation et de discours mystificateurs, pour éviter que ne sombre dans l’oubli l’être humain placé au centre des conflits, comme le dirait Milan Kundera.
L’être en relation, comme point focal de la dissidence littéraire; les thèmes du désir et de l’exclusion, comme enjeux pivots dans les textes sur la violence contemporaine; les savoirs et les pouvoirs du discours littéraire sur l’anthropologie de la violence, comme éclairage aux résurgences victimaires actuelles : nos trois hypothèses auront permis de multiplier les analyses sur les dynamiques conflictuelles dans les romans à l’étude, en empruntant une approche méthodologique centrée sur les enjeux de victimes émissaires et de discours victimisateurs (René Girard). Qui sont les victimes dans les textes? Quels sont les discours qui viennent soutenir ou pourfendre leur victimisation, en plus d’approfondir la réflexion sur la violence? Telles étaient les questions fondamentales à poser afin d’aborder des œuvres de Frédéric Beigbeder, Marie-Claire Blais, Gil Courtemanche, Yasmina Khadra, Ahmadou Kourouma, Jean-Luc Raharimanana et Véronique Tadjo, dans notre approche qui transcende frontières et discours nationaux pour aller au plus clair de la difficulté et de la possibilité de l’être-ensemble. Du génocide des Tutsis au Rwanda de 1994 aux actuels attentats terroristes, la pensée des écrivains sur les violences des douze dernières années jette un éclairage essentiel, fait de curiosité, de doute, de lucidité, d’ambiguïté et d’ironie, où la rencontre avec l’être humain et le monde est encore possible : un bastion plus sûr contre la spirale ascendante des violences?
Gaulin, Pascale, « Métapoésie et poésie française au XXe siècle ».
Thèse de doctorat dirigée par Robert Yergeau, soutenue le 7 décembre 2006.
Notre thèse porte sur la «métapoésie» chez trois poètes majeurs du XXe siècle : Guillaume Apollinaire (1880-1918), René Char (1907-1988) et Yves Bonnefoy (1923).
Nous entendons par le terme « métapoésie » tout poème (qu’il soit en vers ou en prose; qu’il s’agisse de calligramme, de métagramme ou d’aphorisme) qui porte sur la poésie dans la poésie même.
Notre choix d’analyser l’œuvre de Guillaume Apollinaire se fonde sur deux critères : il est le premier à faire entrer la poésie française de plain-pied dans le XXe siècle; il est aussi le premier à écrire ce que nous considérons comme des métapoèmes. Dans le cas de René Char, disons, à la suite de Maurice Blanchot, que sa poésie « est révélation de la poésie, poésie de la poésie [...], poème de l’essence du poème ». Dès lors, son œuvre, dans la perspective métapoétique, s’est imposée d’emblée à nous. Enfin, faisant de la poésie une quête de la présence, les poèmes d’Yves Bonnefoy deviennent également une quête de la poésie. Comme le notait Jean-Marie Gleize, « si le mot “poésie” est synonyme de “vrai lieu”, d’accession ou de retour à la présence authentique [...], alors poésie est synonyme de recherche de la poésie ».
Au XXe siècle, la poésie a tendu de plus en plus vers une conscience aiguë de sa propre existence qu’elle révèle à l’intérieur d’elle-même. Dans cette perspective, il n’est pas exagéré de dire que le XXe siècle est, en poésie française, résolument métapoétique.
Bélanger, Geneviève, « Édition critique du Miracle de Robert le Dyable (trente-troisième des Miracles de Nostre Dame par personnages) ».
Thèse de maîtrise dirigée par Pierre Kunstmann, soutenue le 27 septembre 2006.
« Puisque Dieu ne veut mettre d’enfant dans mon corps, que le diable en mette un alors! » Voilà les paroles fatales que la mère de Robert, fils du duc de Normandie, prononce au moment de le concevoir. Homme marqué du sceau du diable, Robert parcourt le pays avec une bande de brigands et fait preuve d’une violence incommensurable, jusqu’à ce qu’il apprenne la vérité au sujet de sa naissance. Commence alors pour lui de difficiles épreuves, au cours desquelles il tentera de regagner la faveur divine et de sauver son âme... La légende de Robert le Diable, populaire au Moyen Âge, connaît diverses réécritures, dont le trente-troisième miracle des Miracles de Nostre Dame par personnages, recueil de pièces de théâtre qui auraient été jouées de 1339 à 1382. Nous présentons ici le Miracle de Robert le Dyable dans une nouvelle édition critique, suivie d’une traduction inédite.