Bernier, Christian, Chansons infinies suivi de La valeur littéraire de la chanson, thèse de maîtrise en création littéraire dirigée par Robert Yergeau et soutenue le 13 novembre 2007.
Cette thèse en création littéraire regroupe, dans la première partie, vingt-trois textes de chanson qui s’inscrivent dans un processus à mi-chemin entre l’autotélisme textuel et les contraintes propres au genre, surtout le rythme et la rime. Ainsi, si certains textes entrent dans la grande tradition de la chanson française, où vers symétriques, rimes, couplets et refrains sont de mise, d’autres rompent avec cette tradition. C’est dans cette même veine exploratoire que je m’interroge la longueur généralement présumée des textes de chanson et que je tente de mettre à profit tous les niveaux de langue. La partie réflexive repose sur la proposition de Denis Saint-Jacques selon laquelle l’inscription du littéraire dans un texte se fait par la redondance de formes types propres à chaque genre, de l’interdiscursivité et de l’autoreprésentation thématique. Cette inscription passe par divers procédés tels que la métaphore et l’exploitation de lieux communs. L’analyse de mes textes tend à démontrer que les procédés d’écriture les plus communs à la chanson, et peut-être les plus importants, sont les divers types de répétition. En effet, le rythme et la musicalité se forment par la reprise, ce qui implique qu’une prosodie est possible sans avoir recours à la versification traditionnelle. Il ressort de ma thèse que les textes de chanson entretiennent toujours des liens étroits avec la poésie. Enfin, ce regard porté sur mes textes éclaire les voies que je pourrai désormais emprunter dans mon processus de création.
Dionne, Jennifer, Franco-Ontariens avant la lettre : la correspondance de la famille Askin, thèse de maîtrise dirigée par France Martineau et soutenue le 25 septembre 2007.
On connaît encore trop peu de choses des débuts de l’Ontario bilingue pour affirmer que les ancêtres des Franco-Ontariens d’aujourd’hui, peu de temps après la Conquête britannique, rêvaient tous de voir leurs enfants éduqués en français ou encore que leur identité reposait sur cette langue. Quelle est donc la situation de l’éducation, de la langue française et de l’identité des francophones après la Conquête ? Cette thèse ne prétend pas répondre à ces questions, mais présenter une étude de cas – unique en son genre – dans le but de poser quelques jalons.
Grâce à l’étude des lettres privées de plus d’une dizaine de membres de la famille Askin, nous pouvons mieux comprendre les liens entre l’accès à l’éducation (de même que le choix de la langue d’éducation), la langue utilisée au quotidien dans la correspondance et l’identité des scripteurs. Ce dernier point nous permettra de voir ce qui permet de définir les paramètres de l’identité de francophones bilingues et de voir si la langue occupe une place centrale dans la construction identitaire des épistoliers.
Paré, Joëlle, Bagage excédentaire suivi de Album narratif, album conceptuel, thèse de maîtrise en création littéraire dirigée par Robert Yergeau et soutenue le 30 octobre 2007.
Comme les poèmes forment des recueils, les chansons se rassemblent en albums, desquels se dégage une unité. Dans les albums conceptuels se tissent des liens thématiques entre les chansons. La première partie de ma thèse en création littéraire, Bagage excédentaire, renferme une vingtaine de textes de chanson qui constituent un album conceptuel narratif qui raconte un deuil et un voyage. La deuxième partie, Album narratif, album conceptuel, met en relief les notions théoriques liées aux aspects narratifs et thématiques de l’album conceptuel. Les temps, les thèmes, les lieux et les personnages du récit sont étudiés, de même que la structure de l’histoire et l’ordre des chansons dans deux albums, Le voyage de Paul Piché et Déflaboxe de Daniel Bélanger. J’y effectue également un retour sur Bagage excédentaire. En somme, ma thèse en création littéraire offre une vue d’ensemble des caractéristiques littéraires des textes qui composent les albums conceptuels.
Simard, Philippe, La Catharsis tragique : Évolution d’une notion – des origines au classicisme, thèse de doctorat dirigée par Dominique Lafon et soutenue le 12 octobre 2007.
La notion de catharsis est, depuis la renaissance de la tragédie au XVIe siècle, au centre du discours sur l’effet du théâtre. Élaborée dans l’Antiquité par les sophistes grecs, elle a été intégrée dans la théorie dramaturgique par Aristote qui, dans la Poétique , en fait l’axe fondamental de la tragédie. La notion de catharsis, en mettant en lumière la figure du spectateur, engage une théorie de la réception au théâtre : à ce titre, elle a permis à la dramaturgie émergente des XVIe et XVIIe siècles de justifier l’existence et la pratique d’un genre fondé sur la mise en scène du mal et de la violence, en lui attribuant une vertu purificatrice ou purgative. Par ailleurs, la notion de catharsis, en délimitant et en définissant les paramètres de l’expérience tragique, est à l’origine de la réflexion esthétique et poétique qui amènera progressivement la dramaturgie du XVIIe siècle à se libérer des normes morales et philosophiques du théâtre humaniste. Or, cette évolution théorique et dramaturgique se donne d’abord à lire dans le texte des tragédies, suivant le principe que l’écriture dramatique, à travers les procédés de la rhétorique théâtrale, informe et détermine les modalités de la réception par le spectateur, et fixe par le fait même les bases du processus de la catharsis. Le développement de la dramaturgie baroque, et l’émergence de la métathéâtralité qui en illustre et diffuse les principes théoriques, constitue l’étape clé de la reconfiguration de la représentation tragique au XVIIe siècle, suivant une interprétation de la fonction du théâtre qui la distingue définitivement de la poétique aristotélicienne et de ses fondements philosophiques. L’abandon de la catharsis par les théoriciens du Classicisme constitue l’étape ultime d’une évolution qui a permis, d’une part, d’établir le spectateur comme figure centrale du théâtre, et qui a favorisé, d’autre part, la création d’une forme anti-cathartique de tragédie, entièrement vouée à la satisfaction des attentes spectaculaires du public, et fondée sur l’excitation de passions que le spectacle ne prétend plus purifier.