Recherches étudiantes

Ghadie, Heba Alah, Rachid Boudjedra autotraducteur, thèse de  maîtrise codirigée par Rainier Grutman et Salah Basalamah et soutenue le mercredi 1er octobre 2008.

            La carrière littéraire de Rachid Boudjedra a débuté en français dans la deuxième moitié des années 1960. Lorsqu’il décide de s’exprimer directement en arabe, au début des années 1980, il avait déjà à son actif plusieurs romans publiés à Paris. Depuis, non seulement il traduit ces romans en arabe, mais il prépare également une version de ses romans arabes pour le public francophone, seul ou avec l’aide d’un traducteur. Nous examinons dans cette thèse le phénomène de l’autotraduction chez Boudjedra à travers deux romans, L’Insolation, paru en français en 1972 et traduit en arabe en 1984 sous le titre Al-Raane, et Timimoun, paru en arabe en 1994 et traduit en français la même année et sous le même titre. Nous situons dans un premier temps la pratique de l’autotraduction dans l’histoire et la distinguons de la traduction dite «allographe». Nous faisons un survol des principaux travaux qui ont été faits à ce sujet, tout en distinguant les différents types d’autotraduction. Dans un deuxième temps, nous présentons le contexte maghrébin dans lequel s’inscrit l’écriture politisée de Boudjedra. Nous exposons la complexité de la situation linguistique en Algérie et au Maghreb de manière générale, et nous étudions le statut des langues et les choix linguistiques de l’écrivain maghrébin. Nous donnons également un aperçu biographique et bibliographique de Boudjedra, tout en essayant de justifier son recours à l’autotraduction. Dans un troisième temps, nous confrontons les versions arabe et française de L’Insolation et de Timimoun et évaluons l’importance des écarts et des rapprochements entre l’original et sa traduction. Nous comparons aussi les deux autotraductions, différée dans un cas et simultanée dans l’autre, afin de voir si la pratique de Boudjedra a évolué au fil du temps, surtout qu’un écart de vingt-deux ans sépare les deux romans. L’objectif de cette étude est donc de parvenir à une caractérisation de l’autotraduction chez Rachid Boudjedra en établissant, d’une part, son profil d’autotraducteur et en identifiant, d’autre part, le(s) mode(s) et la (les) stratégie(s) d’autotraduction qu’il adopte.

 

Lavigne, Mishka, Le Statut de l’intergénérique chez Réjean Ducharme. Saint-Vincent-Ferrier : adaptation théâtrale des Enfantômes, thèse de maîtrise dirigée par Dominique Lafon et soutenue le mercredi 21 janvier 2009.

L’œuvre de Réjean Ducharme est complexe et a pris plusieurs formes à savoir le roman, le théâtre, le scénario de film et la chanson. La première partie de la présente thèse intitulée Le statut de l’intergénérique chez Réjean Ducharme traitera des adaptations produites par Lorraine Pintal et Martin Faucher autour de l’œuvre de Ducharme et des œuvres du corpus ducharmien issues des différents genres littéraires. Par le biais cette analyse, ont été dégagées des constantes d’écriture (thèmes, personnages et langue) qui ont nourri la rédaction de la partie création qui, sous le titre, Saint-Vincent-Ferrier, propose une adaptation théâtrale du roman Les enfantômes. Fidèle au «style» de l’auteur, elle s’appuie à la fois sur les relations récurrentes des personnages ducharmiens telles le duo gémellaire et le triangle du désir, et sur les thématiques propres à l’œuvre, en particulier la trahison de l’enfance, et cherche à créer une langue ludique qui tienne compte de la dimension orale du dialogue théâtral. Afin de respecter la postmodernité du roman, soulignée par plusieurs critiques, l’adaptation s’inspire de principes issus du théâtre postdramatique définis par Hans-Thies Lehmann. À sa suite, les choix ayant présidé à sa rédaction sont justifiés dans une dernière partie qui les met en rapport avec l’écriture de Réjean Ducharme.

 

Léger, Richard, Le Chœur : de la conscience collective à la conscience individuelle – Exploration de la choralité, thèse de maîtrise dirigée par Dominique Lafon et soutenue le jeudi 26 juin 2008.

Cette thèse de création constitue une expérimentation sur le chœur à partir d’une pièce intitulée Quitte ou double qui met en scène la conscience d’un personnage entre la vie et la mort. Cette  introspection est présentée à la fois par un chœur qui est la conscience – la part abstraite du personnage- et un protagoniste qui représente sa part physique. Le chœur, rompant avec la tradition dramaturgique est ainsi assigné à figurer un individu plutôt qu’une collectivité. La partie théorique dresse les limites de l’expression chorale dans cette perspective tout en s’appuyant sur une recherche historique et dramaturgique portant sur l’évolution des formes chorales en Occident. Elle relève la rareté relative du chœur dans le théâtre contemporain et propose des explications à cette apparente absence tout en ouvrant de nouvelles perspectives quant à sa fonction basées sur un modèle hybride de chœur (entre le chœur antique et la choralité), modèle que met en pratique le texte de création, Quitte ou double.

 

Ménard, David, Sarcophages mon amour, nous aurons vécu nous non plus suivi de L’Analyse du vide postmoderne, thèse de maîtrise dirigée par Robert Yergeau et soutenue le vendredi 15 août 2008.

         À l’heure de l’hyperconsommation, de l’hypersexualité et de l’individualisme où les grandes vérités s’effondrent, le couple, en tant que modèle unissant deux personnes dans l’exclusivité amoureuse et sexuelle, éclate. Adoptant la forme d’un roman épistolaire, la première partie de la thèse en création littéraire, Sarcophages mon amour, nous aurons vécu nous non plus, témoigne du vide suscité par une certaine désubstantialisation du couple et de l’apparition d’une nouvelle réalité amoureuse. La deuxième partie, L’analyse du vide postmoderne, approfondit la définition de ce mal-être contemporain lié à la perte de sens des modèles amoureux. Dans un premier temps, certaines notions théoriques ont permis de mieux saisir les enjeux philosophiques, sociologiques et littéraires du vide postmoderne. Dans un deuxième temps, j’ai mis l’accent sur trois romans québécois qui ont fait du vide postmoderne leur trame de fond : Le Principe du geyser de Stéphane Bourgignon, Marie-Hélène au mois de mars de Maxime-Olivier Moutier et Unless d’Hélène Monette. J’ai effectué enfin un retour sur Sarcophages mon amour, nous aurons vécu nous non plus, tout en explicitant le lien qui unit le vide au genre épistolaire. En somme, ma thèse offre une perspective à la fois créatrice et critique du vide postmoderne.

 

Migneron, Sarah, Ada, les voix du mélodrame, thèse de maîtrise dirigée par Dominique Lafon et soutenue le jeudi 11 décembre 2008.

         Dans le but de permettre à son auteure de poursuivre son exploration de la construction du personnage de théâtre en tant qu’entité habitée par des personnalités multiples plutôt que donné psychologique, cette thèse part d’un examen du monodrame comme forme récurrente de la scène théâtrale contemporaine. Elle se penche ensuite sur une analyse de l’emploi de formes discursives – le monologue et le soliloque, l’aparté et l’adresse, et le récit – qui s’apparentent au monodrame dans un corpus de pièces représentatives de quatre grandes époques du théâtre. Elle présente finalement les stratégies discursives retenues pour la rédaction du monodrame Ada, qui en constitue la partie création. Dans cette pièce, Ada, jeune fille de seize ans, est clouée à un lit d’hôpital, enceinte. Avant d’accoucher, elle se remémore son passé afin de reconstruire sa personnalité mise à mal par son père et se mettre elle-même au monde dans son rôle de mère.

 

Rochon, Sara-Lise, De la soumission à l’émancipation? : la quête d’agentivité des héroïnes de La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil et de Piège pour Cendrillon de Sébastien Japrisot, thèse de maîtrise dirigée par Lucie Joubert et soutenue le vendredi 21 novembre 2008.

            Le mouvement féministe des années quatre-vingt a fourni de nouvelles approches analytiques aux littéraires : études des rôles sexuels, des relations hommes/femmes, etc. La littérature policière s’est alors vue, elle aussi, investie par des auteures femmes et des protagonistes féminins qui ont fait entrer la femme dans une littérature qui l’avait jusqu’alors sous-représentée. Pourtant, de telles avancées ne se produisent pas subitement et nous pouvons en déduire que des œuvres précurseurs existent, œuvres dans lesquelles l’auteur alloue au personnage féminin un espace narratif dans lequel il peut évoluer et grandir. Sébastien Japrisot, nous le croyons, fait partie de ces auteurs. Les héroïnes de La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil et de Piège pour Cendrillon sont certes des victimes, mais à qui l’auteur a donné certains outils pour s’affirmer et dénoncer. En nous appuyant sur les études féministes en policier ainsi que sur les théories de l’agentivité, nous souhaitons montrer la quête d’agentivité des protagonistes, c’est-à-dire comment ces femmes parviennent à passer d’un état passif à un état agent, et ce malgré leur rôle de victime. Par conséquent, nous pourrons montrer de quelle façon ces deux romans de Japrisot ont participé à ouvrir certaines possibilités dans la représentation d’un nouveau féminin dans la littérature policière.

 

Tremblay, Isabelle, La Problématique du bonheur féminin dans l’écriture romanesque des femmes écrivains de siècle des Lumières, thèse de doctorat codirigée par Pierre Berthiaume et Lucie Joubert et soutenue le vendredi 26 septembre 2008.

         En traçant le parcours de la destinée féminine, avec tous les détours, les obstacles et les enjeux qu’il peut comporter, les romancières des Lumières s’interrogent sur les conditions de réalisation du bonheur au féminin. Le genre romanesque, qui est le lieu de l’émergence d’une réflexion nouvelle sur la condition féminine, constitue pour les femmes auteurs un moyen privilégié pour afficher leurs positions sur la question du bonheur et sur les moyens d’accéder à celui-ci. Si les réseaux de signification à l’œuvre dans les romans à l’étude révèlent des stratégies en rupture avec les lieux communs propres à la morale chrétienne – le renoncement et le sacrifice –, c’est que la quête du bonheur est étroitement liée à une conception de l’identité féminine qui cesse d’être définie uniquement par les règles et les codes de la société patriarcale. Le souci de faire reconnaître à leurs personnages féminins une valeur propre s’inscrit dans une revendication en faveur de «l’accomplissement de son moi» (R. Mauzi) intrinsèque au bonheur. Une étude sociologique du personnel romanesque féminin montre que trois paradigmes ordonnent la représentation du bonheur : les institutions de l’époque – telles que le mariage, la famille et l’éducation – conditionnent la trajectoire des héroïnes vers le bonheur; la morale chrétienne, canalisée dans le concept de vertu, est l’objet d’une réflexion préromantique qui place l’estime de soi au-dessus des principes émis par l’ordre moral et social; la sensibilité ouvre sur un espace de conciliation où l’amour et l’amitié créent une forme d’indépendance sentimentale qui évacue le rapport de force inhérent à la passion. Riche de stratégies libératrices, la production romanesque féminine des Lumières pousse les limites du bonheur au-delà de l’horizon esquissé par les romanciers.

 

Vallée, Andréanne, Édition critique des «Avantures du Sieur Claude Le Beau. Voyage curieux et nouveau parmi les Sauvages de l’Amérique septentrionale», thèse de doctorat dirigée par Pierre Berthiaume et soutenue le vendredi 8 août 2008.

         La relation des Avantures, ou le Voyage curieux et nouveau parmi les Sauvages de l’Amérique septentrionale, de Claude Le Beau fait partie des écrits coloniaux de la première moitié du XVIIIe siècle. Considéré comme un ouvrage «oublié» du patrimoine littéraire de la Nouvelle-France, le texte est peu et mal connu. Ce désintérêt est en grande partie attribuable à la réception critique de l’œuvre. En 1738, au moment de la publication des Avantures, Claude Le Beau prétend offrir aux lecteurs une relation de voyage «conforme à la plus exacte vérité». En dépit des efforts déployés par ce dernier pour créer l’illusion du témoignage personnel et du récit «véritable», la critique condamne l’ouvrage. On ne pardonne pas au relationnaire les erreurs inhérentes à la chronologie, les égarements géographiques, les emprunts faits aux textes des prédécesseurs et l’enchevêtrement du réel et de la fiction dans le récit de ses aventures personnelles. Après avoir été jugée peu fiable, voire invraisemblable, par plusieurs générations de chercheurs, la relation des Avantures de Claude Le Beau est tombée dans un oubli presque complet. Notre édition critique entend réhabiliter l’ouvrage de Le Beau en jetant un éclairage nouveau sur la genèse et les caractéristiques particulières du texte. Nous retraçons les sources du relationnaire, nous précisons la nature des emprunts faits aux textes des prédécesseurs et nous départageons fiction et réalité historique. Notre annotation produit des renseignements sur la vie de l’auteur, le contexte historique, les patronymes, les toponymes, les tribus amérindiennes, la géographie, le vocabulaire, la faune et la flore. En somme, notre thèse s’inscrit dans la foulée des plus récentes éditions critiques qui exhument les écrits de la Nouvelle-France en rendant disponible à la communauté scientifique un texte devenu rare.