Charest, Nelson (subvention de la Faculté des Arts)
Le verset moderne : de l’exil à la francophonie
Parmi les formes poétiques qui ont cours dans la poésie d’expression française, le verset est de loin la forme la moins étudiée et celle qui pose le plus de questions, encore aujourd’hui. C’est au tournant du vingtième siècle que Claudel va adopter, pour le théâtre d’abord et pour la poésie ensuite, la forme du verset qui était jusqu’alors réservée à la Bible ou aux textes religieux. Ses « Réflexions et propositions sur le vers français » vont longtemps servir à définir son verset, mais sans pouvoir s’appliquer à d’autres œuvres poétiques aussi en versets, qui commencent à se multiplier dans la première moitié du vingtième siècle. Ainsi a-t-on vu dans la critique plusieurs définitions portant, chaque fois, sur un verset en particulier, celui pratiqué par son auteur ; de telle sorte que les dictionnaires et manuels peinent, encore aujourd’hui, à déterminer les traits communs et suffisants qui définissent le verset. Notre projet entend pallier à ce manque, en proposant une définition du verset qui combine des critères rhétoriques et thématiques, afin de vérifier l’hypothèse suivante : le verset serait une forme « francophone » dès sa naissance, c’est-à-dire une forme utilisée par le poète d’expression française lorsqu’il se trouve dans une situation d’échange linguistique et national. Pour les trois poètes français qui ont fondé le verset et que nous allons étudier dans le cadre de ce projet, soit Claudel, Saint-John Perse et Segalen, cette nouvelle forme apparaît lorsque le poète est en situation d’exil, confronté aux problèmes de traduction entre idiomes ; et il choisit alors d’adopter une forme poétique qui n’est plus marquée par le départage, typiquement français, entre vers et prose. Notre projet entend donc compléter les critères rhétoriques habituellement utilisés pour définir le verset par des critères thématiques, autour de cette question de l’exil, afin de déceler une certaine continuité parmi la diversité des œuvres. Nous voulons mieux comprendre les intentions et les effets de sens qui contribuent à former le verset au début du vingtième siècle. Nous pourrons ainsi trouver dans le verset une des premières tentatives, par les poètes français eux-mêmes, d’ouvrir la littérature française à un domaine plus vaste, qui deviendra bientôt celui de la francophonie.