Recherches étudiantes

Labrosse, Claudia, De la notion d’objet à celle de sujet de l’écriture : le statut ontologique du corps dans le roman québécois contemporain, thèse de doctorat dirigée par Lucie Hotte et soutenue le mercredi 10 juin 2009.

À l’évidence, notre corps marque la condition première de notre existence. Aussi, cette recherche se donne pour objectif d’interroger la double nature du corps humain dans les romans québécois depuis l’avènement de Bonheur d’occasion. En partant de l’idée, développée par le phénoménologue Maurice Merleau-Ponty, que le corps possède à la fois une nature «objective» (par le fait qu’il soit visible pour autrui dans sa matérialité, un peu à la manière d’un objet) et une nature «phénoménale» (invisible aux autres, car il s’agit de sa nature perceptive), nous avons voulu montrer dans quelle mesure le corps dépasse le statut traditionnel d’objet de l’écriture circonscrit par la description et la gestuelle des personnages pour s’inscrire dans celui de sujet de l’écriture, c’est-à-dire du sujet écrivant dont le texte tire son origine. Ayant recours à un repérage systématique des procédés rhétoriques opérant au sein des œuvres une «sémiotisation» de l’enveloppe charnelle, nous avons d’abord dressé une typologie des représentations du corps objectif des personnages et des narrateurs autodiégétiques (le Je) en montrant que son mode de construction s’avère tributaire des fonctions discursives et narratives qu’il peut remplir dans le texte. Enfin, par l’entremise d’une analyse des techniques narratives ainsi que des éléments tels que les champs lexicaux ou encore les sèmes relevant de la sensualité, nous avons tenté d’élaborer une théorie capable de circonscrire l’inscription du corps phénoménal des personnages et des narrateurs dans l’écriture qu’il parvient ainsi à «somatiser». En somme, il devient clair que la chair trouve toujours à investir l’œuvre littéraire tant parce qu’elle est racontée que parce qu’elle se raconte, constat nous poussant à envisager dans le corpus québécois l’existence non pas d’une écriture du corps uniforme et univoque, mais de nombreuses écritures du corps aptes à souligner la nature objective ou phénoménale du corps romanesque.

Lassi, Étienne-Marie, Roman et cinéma en Afrique francophone. Novélisation et transferts sémiologiques du filmique au littéraire, thèse de doctorat dirigée par Kasareka Kavwahirehi et soutenue le mardi 9 juin 2009.

La plupart des études sur l’interaction entre la littérature et le cinéma en Afrique francophone sont consacrées à l’adaptation filmique. Mais en s’interrogeant principalement sur ce que devient le livre à l’écran ou sur le succès d’un film adapté d’un livre à en reprendre le contenu et à faire connaître les idées de son auteur, ces études arriment le cinéma à la littérature comme un sous-produit, niant du même coup le génie créateur du réalisateur qui s’investit dans l’adaptation filmique. Même les critiques qui réfutent la prééminence du cinéma sur la littérature ne tiennent pas toujours compte de l’évolution du statut du cinéma qui s’impose de plus en plus dans l’univers culturel africain comme un art majeur, susceptible d’imprégner l’imaginaire collectif et d’influencer la création dans les autres arts. Par conséquent la saisie des rapports entre la littérature et le cinéma semble partielle, l’héritage du cinéma dans la littérature n’étant pas suffisamment exploré. Nous fondant sur l’hypothèse que la littérature emprunte au cinéma, un constituant désormais incontournable du paysage culturel africain, nous montrons à partir d’un panorama de la présence du filmique comme thème dans les romans francophones que le cinéma peut servir de référent à la littérature. Il s’agit alors de la dimension socioculturelle du cinéma, à laquelle il faut adjoindre l’aspect sémiologique qui envisage le cinéma comme un langage. Dans cette perspective, on explore le recours des romanciers africains aux codes cinématographiques comme ressources d’expressivité, comme hypotexte donnant lieu à une écriture parodique ou comme un facteur de renouvellement esthétique. Enfin nous étudions la novélisation, c’est-à-dire la reprise littéraire des films, en scrutant particulièrement les facteurs culturels, idéologiques, esthétiques ou éthiques qui sous-tendent cette réécriture de même que la qualité littéraire du roman qui en résulte.